C’est une Jérusalem de cinéma, une Bethléem pour grand écran

C’est une Jérusalem de cinéma, une Bethléem pour grand écran. Dans ce décor pétrifié de façades blanches accrochées à flanc de ravin, Mel Gibson a tourné La Passion du Christ (2003). Bien avant lui, ce chaos urbain surgi de la nuit des temps avait été choisi par Pier Paolo Pasolini pour son Evangile selon saint Mathieu (1964). Dernièrement, les producteurs de Time Warner n’ont pas cherché longtemps où installer le tournage de La Nativité, l’histoire d’amour entre Marie et Joseph sortie en 2006.

Matera est une ville de Palestine égarée au sud de l’Italie ; une Palestine tout droit sortie d’un vieux livre de catéchisme, avec ses paysages de plateaux désolés et de collines arides, ses villages blancs assoupis sous le soleil, ses troupeaux de moutons au milieu de champs pierreux. Curieux destin pour une terre dont les habitants, il n’y a pas si longtemps, se croyaient exclus de la chrétienté. Eh oui, expliquaient les paysans du coin à Carlo Levi, jeune médecin turinois relégué ici par le pouvoir fasciste à la fin des années 1930, “le Christ s’est arrêté à Eboli”.

De nos jours, personne ne fait étape à Eboli, agglomération quelconque de Campanie, mais qui pense à pousser jusqu’en Basilicate ? Dissimulée dans la semelle de la Botte, cette région autrefois appelée Lucanie vaut pourtant un détour. C’est là, à l’écart des chemins touristiques de masse, que Matera veille sur ses Sassi, deux quartiers creusés dans le roc – d’où leur nom signifiant “pierres” ou “cailloux”. Les maisons enchevêtrées semblent se retenir les unes les autres pour ne pas finir dans le lit du torrent Gravina, plusieurs dizaines de mètres en contrebas. “C’est ainsi qu’à l’école nous nous représentions l’enfer de Dante”, a écrit Carlo Levi, en découvrant cet urbanisme anarchique voué au précipice.

Matera, un décor biblique
Fonte: Le Monde

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